Par Julia Itel – Publié le 06/07/2026
« Vénérable », « bienheureux », « saint » : ces trois titres désignent chacun une étape du long processus par lequel l’Église catholique reconnaît officiellement la sainteté d’un défunt. Mais alors que signifie chacun d’entre eux ?
Trois étapes d’un même chemin
Trois degrés de reconnaissance
Avant de devenir saint, c'est-à-dire un modèle de vertu reconnu officiellement par l’Église catholique, un fidèle défunt traverse plusieurs paliers. Le procès en canonisation, instruit par la Congrégation pour les causes des saints à Rome, avance par étapes successives, chacune marquée par un titre différent. Le défunt devient d’abord « vénérable », puis « bienheureux » et enfin « saint ».
Ce dispositif progressif permet à l’Église d’avancer avec prudence dans un domaine sensible, soit discerner l’action de Dieu dans une vie humaine. Aussi, si un défunt obtient l’un de ces titres, il n’est pas garanti d’obtenir le suivant.
L’ensemble des vénérables, bienheureux et saints, tous serviteurs de Dieu, sont commémorés le 1er novembre, lors de la fête de la Toussaint.
À chacune son « procès »
Chacune des étapes est réglementée par une procédure formelle, appelée « procès » ou « cause ». La cause est ouverte à la demande de fidèles ou d’une congrégation religieuse, au moins cinq ans après la mort du candidat. Un postulateur, nommé par les promoteurs de la cause, est chargé de constituer le dossier et ainsi réunir les témoignages et documents nécessaires pour l’envoyer ensuite à Rome. L’évêque du diocèse où le candidat est mort mène d’abord une enquête interne, dite diocésaine, et va dès lors réunir les preuves de sa réputation de sainteté.
Le dossier est ensuite transmis à la Congrégation pour les causes des saints, le dicastère romain compétent au sein duquel un rapporteur rédige la positio, c'est-à-dire une synthèse érudite de la vie, des vertus et des miracles éventuels du candidat. Ce document est examiné successivement par un collège composé de cardinaux et d’évêques membres de la Congrégation. Le travail d’instruction, qui mobilise un grand nombre d’acteurs, peut prendre plusieurs années, voire dans certains cas plusieurs siècles, à l’instar de Jeanne d’Arc, morte en 1431 et canonisée en 1920, soit 500 ans après sa mort !
En dernier lieu intervient le pape, qui signe le décret correspondant à l’étape franchie : héroïcité des vertus pour le vénérable, reconnaissance d’un premier miracle pour le bienheureux et d’un second miracle pour le saint.
Le vénérable : la reconnaissance de l’héroïcité des vertus
Comme mentionné plus haut, une enquête diocésaine est d’abord menée puis son rapport est transmis à Rome, évalué ensuite par un rapporteur dans une positio. Le dicastère pour les causes des saints examine à partir de ce document si le défunt a vécu les vertus chrétiennes de manière héroïque. Pour cela, on doit lui reconnaître sa fidélité exceptionnelle à l’Église, sa volonté de s’être conformé à l’Évangile et d’avoir pratiqué la charité.
Si le jugement est favorable, le pape signe le décret d’héroïcité des vertus et le candidat reçoit le titre de « vénérable ». Il est alors reconnu comme un modèle de vie chrétienne authentique, sans pour autant être autorisé à une vénération liturgique. Antoni Gaudí (1852-1926), l’architecte de la majestueuse Sagrada Familia, a ainsi été déclaré vénérable par le pape François le 14 avril 2025
Le bienheureux : un culte local autorisé
L’étape suivante est la béatification. Celle-ci exige la reconnaissance d’un miracle survenu après la mort du vénérable, tel qu’une guérison. Ce miracle, examiné par des médecins puis par des théologiens, est interprété, lorsqu’il est reconnu, comme un signe que Dieu reconnaît la sainteté de la personne. Seuls les martyrs en sont dispensés, en raison de la mort violente qu’ils ont subie pour la défense de la foi chrétienne.
Une fois le miracle authentifié, le pape proclame la béatification. Le défunt béatifié obtient alors le titre de « bienheureux ». Cela implique qu’il peut désormais faire l’objet d’un culte, mais celui-ci reste limité au niveau local, c'est-à-dire à un diocèse, à une région ou bien à une congrégation religieuse.
Par exemple, le peintre dominicain Fra Angelico (1400-1455), surnommé le « peintre des anges », a été béatifié en 1982 par Jean Paul II. C'est aussi le cas de la bienheureuse Marie de l’Incarnation, née Barbe Acarie (1566-1618), béatifiée en 1791 pour avoir introduit et réformé l’ordre du Carmel en France, ainsi que pour l’intensité de sa vie mystique qui s’est conjuguée à un engagement concret au service de l’Église. Son procès en béatification a été ouvert par ses fils en raison de la survenue de plusieurs miracles rapportés sur son tombeau.
Le saint : une reconnaissance universelle
La dernière étape est la canonisation. Elle requiert la reconnaissance d’un second miracle survenu après la béatification. À cette condition seule, le pape peut proclamer la personne « sainte », induisant une vénération universelle dans toute l’Église catholique. Son nom peut alors être inscrit au calendrier liturgique, des églises peuvent lui être dédiées et les fidèles du monde entier peuvent demander son intercession auprès de Dieu.
Carlo Acutis (1991-2006) est l’un des plus récents saints proclamés. Ce jeune adolescent italien, mort d’une leucémie à 15 ans, a été d’abord été reconnu comme « vénérable » par le pape François en 2018. Puis, il a été béatifié en 2020 après qu’une guérison, d’un enfant brésilien atteint d’une malformation grave du pancréas, lui ait été attribuée. Enfin, le pape Léon XIV l’a canonisé le 7 septembre 2025 après qu’un deuxième miracle, la guérison d’une jeune Costaricienne victime d’un traumatisme crânien, ait été reconnu par le Vatican.
